La lolette : ennemi ou ami de bébé ?

Pour ce premier post, nous avons décidé d’aborder un sujet crucial de la vie de bébé et qui suscite l’interrogation – voire la suspicion – de bon nombre de nouveaux parents : lolette or not lolette, that is the question !

Qu’on la surnomme lolette, tut tut, sucette, boubou, tétine, ce petit accessoire peut devenir, selon les cas, le meilleur allié des parents comme leur pire cauchemar. Nous allons donc nous baser sur des faits tangibles, sans vouloir convertir les réfractaires « anti-lolette », ni prêcher pour les convaincus de la succion caoutchoutée.

Bébé a-t-il besoin d’une lolette?

Oui et non. En fait, bébé a des besoins primaires qui se résument à manger, dormir et à recevoir de l’affection. Un de ses besoins physiologiques consiste à téter, pas uniquement pour se nourrir mais pour se rassurer. La lolette va donc l’aider à combler ce besoin, tout comme le ferait son poing, un doudou ou le sein de sa maman. Ne pas la donner à la naissance est donc tout à fait possible puisque c’est le moment où bébé est très en demande, il mange de manière assez rapprochée et Maman n’est jamais très loin pour lui mettre un petit doigt dans la bouche et engendrer ce réflexe de succion. À moyen terme, avec la fatigue et les impératifs du quotidien, il devient de moins en moins facile d’accéder à la demande de votre bout de chou sans opter pour une lolette. D’autant plus que, quand bébé sera confié, s’il s’endort seul, il aura besoin d’un objet de succion non nutritive.

Y a-t-il un âge spécifique pour introduire cet accessoire ?

Tout dépend des bébés. Selon l’ostéopathe Alexandra Richard, si vous allaitez votre enfant, introduire la tétine avant 6 semaines peut comporter un petit risque: bébé risque de ne plus ouvrir assez grand la bouche pour prendre le sein (cela se réapprend). On remarque cependant que beaucoup de bébés au sein refusent la tétine les premières semaines de vie. Mais certains arrivent très bien à gérer les deux !

La sucette déforme-t-elle la mâchoire ?

Oui et non. Il est clair que la tétine, même si les modèles proposés aujourd’hui sont beaucoup plus souples et mieux adaptés aux palais des petits, reste un corps étranger qui, si l’enfant la suce à longueur de journée et au fur et à mesure qu’il grandit, peut avoir un impact négatif sur sa mâchoire. Le pouce, plus dur et plus large, déformera davantage le palais mais tant pouce que lolette, « consommés » au-delà de 2 – 3 ans, présentent un risque.

Quelle tétine choisir ?

Alors en la matière, vous constaterez rapidement que le choix ne vous appartient pas complètement puisque Junior se chargera de rejeter ou pas celle qui lui convient le mieux. En Suisse, vous trouver les modèles Mam, Bibi ou encore les tétines physiologiques. Niveau qualité, elles sont garanties sans bysphénol A. Cauchemar des parents : se retrouver à court de stock en vacances ou en week-end à l’extérieur. Car il faut savoir que les magasins ne vendent pas toutes les marques et que les modèles sont différents d’un pays et à l’autre.

 

La lolette crée-t-elle une addiction ?

Une addiction non, une habitude oui ! Si on revient au nourrisson, celui-ci utilise la tétine pour se rassurer – et non se nourrir – en cas de chagrin, de colère, pour s’endormir plus tranquillement. Il faudra néanmoins à un moment « sevrer » l’enfant de sa tétine car on voit mal Junior entrer en maternelle, le morceau de caoutchouc toujours dans la bouche. Il faut garder en tête qu’une tétine s’abandonne, alors que le pouce reste. D’un autre côté, la tétine est un objet extérieur sous la dépendance d’une tierce personne, alors que le pouce est géré par l’enfant. Il ne faut jamais oublier que 95% des bambins de 3 ans qui tètent (tétine ou pouce) le font par habitude et non par réel besoin.

Donner une tétine au moindre pleur de bébé, c’est lui proposer la solitude plutôt que le réconfort et l’écoute de ses parents. Le risque étant que la tétine devienne un rempart contre le monde extérieur et retarde ainsi la communication.

Est-ce risqué du point de vue de l’hygiène ?

La lolette, ça tombe très souvent, ça traîne partout et ça s’échange parfois quand Junior va à la crèche. Même si c’est un vrai repère de microbes, il n’empêche qu’elle est plus saine comme ça que stérilisée à tout va. C’est en tout cas ce qu’a révélé une étude suédoise publiée par Pediatrics. Les chercheurs ont suivi les allergies de 184 enfants après avoir interviewé leurs parents sur leurs habitudes de nettoyage des fameuses tétines. Résultat, à 18 mois, ceux dont les parents ne s’embarrassaient pas de désinfection particulière et utilisaient leur propre salive en mettant la tétine dans la bouche pour la nettoyer,  avaient moins d’allergies, d’asthme et d’eczéma que les autres. Des prélèvements sanguins montraient même que leur sang contenait de plus faibles quantités de globules blancs associés aux mécanismes immunitaires de l’allergie. En résumé, « l’idée d’un certain mode d’interaction avec l’environnement microbien est en fait une bonne chose pour les nourrissons et les enfants », souligne le Dr William Schaffner, infectiologue à l’université américaine Vanderbilt*. De quoi rassurer les parents qui paniqueraient en voyant leur enfant remettre en bouche la tétine tombée par terre en pleine rue.

* *Source : « Sucking Your Child’s Pacifier Clean May Have Benefits« , Anahad O’Connor, The New York Times, 6 mai 2013.

Quand faut-il « désaccoutumer » son enfant ?

Vers l’âge de 3 ans, la déglutition primaire fait place à la déglutition dentée. C’est à ce moment-là que l’enfant doit absolument abandonner sa tétine. C’est peut-être un passage difficile pour certains et les parents doivent être là pour accompagner leur enfant. À noter que le sevrage de la tétine ou du pouce passe par une phase essentielle: le sevrage du biberon.

Sauter sur la tétine pour la lui donner au moindre chagrin à 3 ans, « c’est le renvoyer sans cesse aux sensations de quand il était tout petit, alors qu’on lui demande d’être grand ».

« On semble avoir oublié que grandir — ce qui ne se fait pas tout seul —, c’est franchir des étapes : à chacune, cela suppose de renoncer à un plaisir découvert à l’étape précédente, comme celui de téter. Il ne s’agit pas d’en priver l’enfant pour rien : mais pour en découvrir d’autres, adaptés à son âge, et vers lesquels on l’accompagne! », Claude Halmos, psychologue.

Comment procéder ?

Quand l’enfant ne s’en sépare que rarement, mieux vaut procéder par étapes. Il faut surtout dialoguer avec lui, ne pas le brusquer et ne pas le priver de sa sucette sans explication préalable. La tétine apaise votre enfant quand il est angoissé. Plutôt que de le laisser dans le mutisme, amenez-le à verbaliser ses inquiétudes. « Comment peut-on faire pour t’apaiser sans la sucette ? » « Qu’est-ce qui te ferait du bien ? » Vous pouvez alors trouver un substitut avec lui : un autre doudou, un livre, un objet…

Évitez de lui dire que la tétine c’est sale, que ça fait bébé car plus vous vous crisperez sur le sujet, plus votre enfant aura dû mal à s’en séparer. Valoriser plutôt les avantages à ne plus avoir de lolette : « tes camarades de crèche/école te comprendront mieux quand tu voudras leur expliquer quelque chose », etc. À noter que quand le jeune enfant entre à la crèche ou à l’école, il développe de nouveaux centres d’intérêt qui vont l’aider à délaisser peu à peu sa lolette de lui-même.

Rien ne vaut le divertissement pour aider l’enfant à franchir les étapes. Il existe des livres pour les petits qui parlent du sujet : Anna jette ses tétines de Kathleen Amant, Adieu, tétine ! L’histoire du petit lapin Corentin qui apprend à vivre sans sa tétine aux éditions Chantecler, La tétine de Nina, édition Broché, etc.

Autre option, réaliser une sorte de tableau géant où seront mentionnés divers moments de la journée (réveil, 10h, sieste, promenade, jeux, etc) et l’enfant pourra coller des autocollants ou des magnets rigolos à chaque étape où il est d’accord de renoncer à sa tétine.  À la fin de la journée, vous pourrez faire tous les deux le bilan et féliciter Junior pour les instants – même s’ils sont peu nombreux – où il a délaissé ledit objet.

Vous pouvez également fixer des instants précis en s’adaptant à ses besoins. Le moment de l’endormissement étant propice au besoin de réassurance, vous pouvez dire à votre petit que vous acceptez qu’il prenne sa tétine pour dormir mais qu’une fois levé, vous comptez sur lui pour la mettre de côté. Quand il est déjà plus grand, c’est l’occasion de le responsabiliser.

Enfin, il est judicieux également de profiter d’une occasion spéciale. À Noël, en l’envoyant au Père Noël (au Hameau du Père Noël en Haute-Savoie, il existe l’opération Tototte ), ou pendant les vacances, en l’abandonnant dans la mer pour les petits poissons.

 

 

 

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